À ma Mama, dont les entrailles m'ont tout donné: la vie, l'amour, la poésie
Le dictionnaire nomme vulgairement la pierre devant moi calcul biliaire; moi, je l’ai nommée l’atrabile, la pierre tristesse. Comme la Pierre noire a été scellée dans le Kaaba, la pierre devant moi a été scellée dans le corps de ma mère. Elle n’est pas très grande, même pas deux centimètres; le temps l’a fignolée des années pour lui donner cette forme de tête de mouette, oiseau aquatique au cri aigre, qui nage peu et recherche les ports. La pierre tête-de-mouette, née dans les entrailles de ma mère, a nagé des années dans le jaune d’or plein d’amertume, en se nourrissant de joie, de tristesse, de jour et de nuit. Maintenant, elle est là, devant moi, l’atrabile: mariage fou des couleurs sang, sable et sinople; l’air innocent, dure et froide, impitoyable, mur de clôture; graine de la mort, seuil de la vie. Lisse et orageuse, l’atrabile est la douleur entortillée dans une pierre muette. Je la prends dans la paume de ma main gauche et la chéris avec de la haine et avec de l’amour. Ancrée dans le port de mon âme, elle sera un jour tout ce qui me restera de ma mère: l’atrabile unique, pierre de tristesse,
la pierre tête-de-mouette-muette.
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• 23/5/2006 - Puissance des mots
Par ces uqelques mots, vous savez traduire tout, avec puissance.
Vos mots me touchent, comme votre poeme, trouvé chez Julie ;-)
Bonne journée,
Sophos