"L'autre joueur..."

Un groupe de joueurs est plongé dans une très importante partie d'échecs de haute école.
Un Indien s'approche, observe et demande : " A quoi jouez-vous ? " Nul ne lui répond.
L'Indien se rapproche de l'échiquier, contemple la position des pièces, le visage grave et concentré des joueurs, l'attitude curieuse de ceux qui les entourent. Il repose la question : " A quoi jouez-vous ? " L'un des joueurs prend la peine de lui répondre : "Tu ne pourrais pas comprendre. C'est un jeu pour personnes importantes et savantes ". L'Indien reste silencieux et continue d'observer l'échiquier et les mouvements des adversaires. Au bout d'un certain temps, il ose une nouvelle question : " Et pourquoi jouez-vous si vous ignorez qui va gagner ? "
Le même joueur qui lui avait répondu lui dit : " Tu ne peux pas comprendre. C'est une affaire de spécialistes. Cela dépasse ton entendement. "
L'Indien ne dit rien. Il continue de regarder puis s'en va. Au bout d'un moment, il revient en rapportant quelque chose. Sans dire un mot, il s'approche de la table de jeu et dépose au milieu de l'échiquier une vieille bote pleine de boue. Les joueurs sont déconcertés et le regardent avec colère.
L'Indien sourit malicieusement et demande : " Echec ? "
Fin de l'histoire.
" La clé de l'histoire n'est pas la vieille botte pleine de boue qui interrompt la partie et subvertit la partie d'échecs médiatique des seigneurs du pouvoir et de l'argent, et le jeu de ceux qui ont fait de la politique un art de simulation et de la tromperie. L'essentiel est dans le sourire de l'Indien, qui montre un autre joueur : lui. Mais surtout, il sait que la partie n'est pas terminée et que nous ne l'avons pas perdue. Il sait que la partie d'échecs ne fait que commencer. Et il le sait non pas parce qu'il le sait, mais parce qu'il rêve.
En somme, nous les Indiens, ne faisons pas partie du passé, mais du futur. Car on regarde vers l'arrière, mais on rêve vers l'avant.
Nos pieds demeurent dans la glaise de l'histoire mais notre tête aperçoit de lumineux lendemains ".
du sub Marcos
* traduction Stéphane Parédé |