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LA BÉATE
Au creux de son village
En marge de l'église
Elle prêche pour son Dieu
Elle écoute la brise
De quelques doux aveux
En semaine elle apprend
À des enfants sauvages
La bonne éducation
Un peu d'apprentissage
Beaucoup de religion
Au fond de ses yeux brillent
Un grand feu de serments
Mais jamais elle ne frotte
Sa peau contre un amant
Elle est bien trop dévote
Elle n'a pas d'envie
Quand elle se déshabille
Son corps n'est pas de flammes
Elle reste vieille fille
Pour sauver quelques âmes
Dans la froideur du soir
Sur sa table de nuit
Encombrée de missels
Une chandelle luit
Éclairant les dentelles
Pour clôturer le jour
Tendrement elle prépare
Un soupçon de sermon
Dans un coin de mémoire
Enrobé d'un frisson
La béate au cœur tendre
Se fait toute petite
Quand s'estompe la cendre
Des désirs qui s'agitent
Plantée dans ses galoches
Elle a besoin d'amour
Et de reconnaissance
Des erreurs de parcours
Reçues en confidence
Dans le matin pluvieux
Quand elle sonne la cloche
Aux lueurs d'une fête
C'est alors que s'approchent
Devant sa maisonnette
Paysans échalas
Garnements audacieux
Paroissiennes frileuses
Venus pour faire un vœu
En plaintes mélodieuses
Ils vénèrent son saint
Pour casser leur frimas
Et portent des offrandes
Les restes d'un repas
En guise de provendes
Pour le cours de dentelle
Un morceau de lapin
Qu'on a pris au collet
Une fouace au levain
Quelques menues monnaies
Autour de son corps sage
Se dévide l'étincelle
D'une belle auréole
Craquelant le dégel
En douce camisole
La béate au cœur tendre
Se fait toute petite
Quand s'estompe la cendre
Des regrets qui l'habitent
musique Anthony ALEKSANDEUR
paroles Bernard PICHARDIE
ce texte a été peaufiné grâce
aux remarques et critiques
d'André CRÉMILLEUX
écrivain et conservateur du musée
du Monastier sur Gazeille