Je suis le vent
Je suis le vent
Je suis le vent, je pense et j'avance comme le sable, je glisse imperturbable sur les pentes du temps. Je me vide à chaque instant,je roule sur moi-même, j'ai la flemme des pourquoi, d'ailleurs, quand j'arrive au bout, il n'y a rien, pas un caillou,pas de trois points,pas même un poing qui ne m'enferme, pas une main qui me retienne, je file entre les doigts.
Avec mes allures de poussière, je fais fuir les humains, je suis le compagnon de l'éphémère, des vies sans eau et au sang froid. C'est tant mieux si on ne m'aime pas.
Le soir venu j'offre un lit aux rampants de cette terre, je recueille leur souffle comme un baiser à deux, à deux pas de la mer, je leur ouvre ma chair, pour qu'ils logent heureux pour une nuit ou deux.
Je retiens leur humeur, les sursauts de rires, et leur pouvoir fragile. L'empreinte de leur peur disparaît doucement sous les caresses abrasives de mes grains d'or et de nacre. Pierres et rochers retrouvent le temps d'un rien, le souvenir palpable de deux corps soudés aux leurs, dans un rêve de fusion au coeur du mien. Et puis l'eau revient.
Je suis l'aiguille qui danse sur le cadran. Je suis cette petite fille qui tourne en rond, en s'ennuyant. Cela fait des années que j'espère enfermer le temps. J' agrippe les queues des singes dans les manèges pour rester encore, à la maison, tout le monde s'agite,tout le monde s'irrite, tout le monde m'attend. Ma mère inquiète à sa fenêtre crochète la vie, tricote l'oubli, un pull d'hiver pour ma grande soeur,un chandail en coton clair pour moi,des mailles en l'air, des jours, de très grands jours qui laissent passer mes peurs et mes pourquoi.
Les voisins me guettent, mais je ne rentre pas.
Et voilà leurs pleurs qui mouillent les journaux. Dans le café d'en- bas, on raconte,qu'une petite fille s'est noyée hier, pour avoir essayé de repêcher sa montre, tombée au fond de la rivière. Un souvenir perdu de sa grand-mère. Et puis le vent, ce maudit vent, et tout a basculé.
Au fond de l'eau dorment enlacés le sable et le cadran, une paire de joues comme d'une poupée, au creux d'un lit, tous prisonniers, comme c'est émouvant.
Le val aux songes
Le val aux songes
J'ai parcouru souvent le val des heures claires,
Cueilli furtivement ton espiègle rayon
Qui léchait attendri le creux de mon balcon,
Puis filait dans mon cou jusqu'au bord des paupières.
Nous regardions au loin les belles lavandières
Qui battaient vaillamment leurs linges de coton.
Quelque figue charnue au juteux capiton
Dormait au beau milieu d'un chapelet de pierres.
Je me revois là-bas étreignant le soleil,
Parcourant les blés mûrs dans un demi-sommeil,
Arrachant à la vie une fleur de jeunesse.
L’angélus assassin me rappelle au château,
Je referme la porte et pose mon chapeau
Dans le parfum du vide où flotte ta caresse.
Chrissette
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