...<< Je vous implore, messieurs les jurés
d'abréger ma souffrance
En un paradoxal geste de votre clémence
libérez instamment la société
de mon indésirable et abjecte présence
Monsieur le juge, je vous en prie
livrez-moi à la justice divine
et m'envoyez sans regrets à la guillotine
Je ne puis supporter plus longtemps
un si affreux tourment
Ma vie est un cauchemar
tout dans ma tête est noir
je me sens peu à peu sombrer dans la folie
un enfer brûle en mon coeur
chaque jour, chaque heure
chaque instant de mes nuits
un atroce remords
qui ne cessera qu'avec la mort
me dévore les sangs
...
Oui, d'un coup de couteau j'ai tué mon enfant
dans un immonde geste d'exaspération
Il méritait, certes, une gifle, une correction
comme en ont parfois besoin les garçons
même agés de dix-huit printemps
...
quand il a de sa poitrine
retiré la lame fine
le sang par saccades a giclé
J'ai mis sur la blessure ma main
pour tenter d'arrêter, en vain
le flot rouge vermeil de sa vie
qui partait ainsi petit à petit
Dans un dernier souffle, hoquetant, il m'a dit
< maman, je te pardonne >
et une ultime fois
tout contre moi
j'ai serré mon petit homme
A cet instant même, je suis morte avec lui
morte-vivante, là devant vous
implorante à vos genoux
Non, messieurs les jurés
n'ayez pas de pitié
délivrez ma conscience
et vengez sans chagrin
le fruit né de mon sein
dont ma folle violence
a brisé le destin >>...
jlm
bien ecrit, beau comme une tragédie greque
bravo

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