Nouvelle
Les lettres dans le grenier
Déjà une semaine, une très longue semaine qu’elle avait trouvé ces lettres dans le grenier. Mais quelle idée aussi d’aller fouiner dans ce vieux coffre et d’avoir poussé la curiosité jusqu’à lire ce courrier qui datait de vingt huit ans. Son âge d’ailleurs et c’est aussi pour cela, en voyant l’année sur l’enveloppe que cela l’avait amusé. Elle les avait ouvertes et lues. Depuis plus rien ne l’amusait. Elle était torturée par le remord mais aussi par le contenu des lettres.
Elles osaient dire qu’elle n’était pas la fille de son père. Elle ne pouvait pas l’admettre, elle ne voulait pas y croire. Non ce n’était pas possible. Il y avait certainement quelque chose qu’elle n’avait pas compris. Mais elle avait beau les lire et relire, il fallait se rendre à l’évidence. Elle avait été conçue par un monstre et ce monstre était, aurait du être son grand père.
C’est sa mère qui avait écrit ces courriers. Pourquoi les avoir gardées puisqu’elle ne voulait pas révéler son secret, son terrible secret.
Le destinataire avait du lui renvoyer ou lui redonner elle ne savait pas trop pourquoi lui non plus ne les avait pas brûlées tant elles le compromettaient, tant elles révélaint l’ignominie de son comportement, de ses agissements envers sa mère. Mais surtout elles lui avaient envoyé en pleine figure quelque chose qu’elle n’aurait jamais deviné. Jamais, elle n’aurait pu imaginer telle chose. Et savoir que sa mère avait subi « ça » de la part de son propre père, lui faisait mal, terriblement mal.
Malgré tout, sa mère l’avait aimé, et aimé si fort même si dans une de ses lettres, elle disait : « Comment pourrais-je aimer l’enfant que tu m’as fait de force, toi, qui aurait dû m’aimer me protéger et qui au contraire m’as salie, avilie. Par ta faute, par ton comportement monstrueux je vais devenir mère, et certainement une mère indigne. Tu me répugnes, fais en sorte que jamais je ne te revois, que je n’entende plus jamais parler de toi. »
Heureusement dans la deuxième lettre, elle disait : «J’ai rencontré et ce doit être un miracle, quelqu’un à qui j’ai pu raconté mon calvaire. Ce quelqu’un m’aime et accepte l’enfant que je porte comme le sien. Grâce à lui, je crois que je pourrais aimer mon enfant, pas le tien mais le mien. Car je ne te considère pas comme son père ni même comme son grand-père, ce que tu aurais du être pour mes enfants si tu avais été quelqu’un de bien, de normal et non ce tyran malade et pervers. »
Maintenant comment aller voir sa mère et lui demander d’en parler sans lui faire de mal. Tout comment dire à son « père de cœur » je sais, mais je t’aime malgré tout. C’était une famille unie, chez eux il n’y avait que de l’amour, rien que de l’amour tant dans le couple qu’envers elle, et elle leur rendait bien.
Le destin lui vint en aide, sa mère l’appelait. Elle revint à pas lent vers la maison, dans la poche ces fichues lettres. Elle avait envie de pleurer, de crier mais il ne fallait pas. Pas maintenant, il fallait trouver le moyen d’en parler d’abord et enfin pouvoir déverser toutes les larmes qui se terraient en elle depuis une très longue semaine.
Elle arriva près de sa mère qu’elle trouva bien pâle tout à coup. Non, pas encore une mauvaise nouvelle, elle avait eu sa dose. Sa mère lui demanda de s’asseoir, elle vit sur la table une lettre entourée de noir et à coté une lettre, celle d’un notaire. C’était forcément une très mauvaise nouvelle, un deuil. Sa mère tardait à parler et à lui montrer, elle la voyait se tordre les doigts, regarder son mari d’un air las et triste, si triste.
-« Maman parle, s’il te plaît, qui est-ce ? De qui s’agit-il ? »
Alors sa mère lui dit dans un sanglot :
- « C’est une longue histoire tellement douloureuse. Elle risque aussi de te faire mal ma petite, je ne sais pas si je dois te dire toute la vérité. Regarde le nom sur le faire part, tu n’as jamais vu cette personne et pourtant …. » A la vue du nom elle comprit toute la difficulté de sa mère et surtout toute sa souffrance. Elle prit sa mère dans ses bras et lui dis : - « Je sais tout, je te dirai comment tout à l’heure. Depuis une semaine je sais et je n’ose pas en parler. » Elle regarda son père de cœur et remarqua les larmes qui coulaient sur ses joues. Elle lui essuya tendrement en lui disant, je t’aime, tu sais. Je t’aime, rien ne changera jamais pour moi. Tu es mon « Papa » et tu le resteras jusqu’à mon dernier souffle. Je vous aime tous les deux, tellement fort et encore plus fort depuis que je sais. Ses parents retrouvèrent un semblant de sourire et elle vit combien ils étaient soulagés que tout se passe ainsi. Enfin ils allaient pouvoir respirer sans avoir peur que ce fichu secret ne soit divulgué.
Il y avait encore la lettre du notaire.
Tu sais lui dit sa mère :
-«Il t’a laissé en héritage tout son domaine et de quoi vivre tranquille longtemps ».
Elle rétorqua aussitôt :
-« Il peut tout garder je ne veux rien de lui. On va tout donner, on laissera tout à ceux qui savent s’occuper de ceux qui souffrent ce que tu as souffert…..Nous, on peut encore vivre longtemps de notre amour, il n’y a que ça qui compte pour moi. »
Mary le 31/10/2006
4-Nov-2006 - les lettres dans le grenier...